Emily Coombs est une chercheuse queer et autiste, une militante et une doctorante en Educational Psychology à l’University of Alberta, ainsi qu’une boursière de CanFRN. Étudiante universitaire de première génération, son parcours vers le milieu universitaire a été façonné par son expérience vécue et actuelle, sa communauté et son engagement à faire en sorte que les personnes autistes puissent se reconnaître dans la recherche, de manière significative et affirmative.
Ses travaux portent sur la façon dont les personnes autistes vivent les relations, l’identité, les liens sociaux, le bien-être et le sentiment d’appartenance dans différentes sphères de leur vie. Cela comprend ses recherches sur les relations amoureuses et intimes, ainsi que sa participation à des travaux qui examinent comment les étudiant·e·s autistes vivent les campus postsecondaires comme des espaces de connexion, d’accessibilité, de soutien, mais aussi parfois d’exclusion.
À travers sa recherche et son engagement communautaire, Emily défend des approches qui reconnaissent les personnes autistes et queer non pas comme des sujets en marge, mais comme des voix centrales dans les discussions sur l’inclusion, la qualité de vie et la production des savoirs. Dans l’ensemble de ses travaux, elle s’intéresse à ce que signifie, pour les personnes autistes, se sentir reconnues, respectées et pleinement incluses dans des espaces qui n’ont pas toujours été pensés pour elles.
Emily revient sur l’impact de la communauté CanFRN dans son parcours universitaire et souligne l’importance de soutenir les chercheur·euse·s canadien·ne·s dans leur développement professionnel (Production: Noah Leon, Moosefuel Media).
Que représente pour vous, sur les plans personnel et universitaire, le fait d’être devenue boursière de CanFRN ?
Coombs : Je suis boursière de CanFRN et j’en suis à la deuxième année de mon programme de bourse de trois ans.
En tant qu’étudiante universitaire de première génération, poursuivre des études supérieures n’était pas quelque chose que ma famille avait imaginé possible pour moi. Être nommée boursière de CanFRN a été la première fois où je me suis sentie véritablement reconnue comme une personne ayant un avenir dans le milieu universitaire. Cette bourse m’a apporté une reconnaissance que j’espérais depuis longtemps, ainsi qu’une validation que je n’avais jamais connue.
Cette reconnaissance a aussi touché ma famille. Ma grand-mère dit fièrement aux gens que je suis boursière de CanFRN chaque fois qu’on lui demande de mes nouvelles.
Ce programme de bourse est devenu bien plus qu’une étape professionnelle. Il m’a donné de la fierté. Il m’a donné un sentiment d’appartenance. Il m’a donné confiance.
Comment vos expériences vécues ont-elles orienté vos recherches ?
Coombs : Ma motivation est profondément liée à mon identité et à mon expérience vécue. En tant que personne queer et autiste, je sais à quel point nos voix sont souvent absentes de la recherche, des politiques et des programmes communautaires.
Mon travail est guidé par le désir de faire en sorte que les personnes issues de mes communautés puissent se voir représentées, non pas comme une réflexion secondaire, mais comme des voix centrales dans la production des savoirs.
Je souhaite que mes recherches créent un espace où les personnes queer et autistes se sentent reconnues, respectées et incluses, d’une manière qui remet en question les stéréotypes et améliore leurs expériences vécues.
Quelles perspectives ou expériences vous semblent souvent absentes de la recherche sur l’autisme ?
Coombs : Mes travaux visent à amplifier les expériences vécues des personnes autistes, en particulier dans des domaines de la vie qui sont souvent négligés, comme les relations amoureuses et intimes. Une grande partie de la recherche existante sur l’autisme et la sexualité s’est concentrée de façon étroite sur les risques ou les déficits, ce qui peut renforcer la stigmatisation.
À l’inverse, mes travaux mettent en lumière les façons dont les personnes autistes développent des relations épanouissantes, soutenantes et affirmatives. En déplaçant l’attention du risque vers le bien-être, je cherche à élargir la compréhension de ce que signifie la qualité de vie pour les personnes neurodivergentes.
Cela contribue non seulement à faire avancer les connaissances, mais aussi à orienter les politiques et les pratiques, afin de créer des environnements où les personnes autistes peuvent s’épanouir pleinement, dans leur vie personnelle et au sein de leurs communautés.
Vos travaux abordent le sentiment d’appartenance dans plusieurs contextes, des relations à l’enseignement postsecondaire. Quels liens faites-vous entre ces différents domaines ?
Coombs : Une grande partie de mon travail est liée à des questions de sentiment d’appartenance, de qualité de vie et de participation pleine et entière des personnes autistes dans les espaces et les relations qui comptent pour elles.
Dans le cadre de mes travaux aux côtés de la professeure Heather Brown et du Autism, Neurodiversity and Academic Achievement Lab, j’ai contribué à des recherches portant sur les expériences des étudiant·e·s autistes en enseignement postsecondaire. Ces travaux examinent comment les campus universitaires peuvent être des espaces de connexion et de soutien, mais aussi des lieux où les étudiant·e·s autistes peuvent rencontrer des obstacles, de l’exclusion ou un manque de compréhension.
Découvrez les travaux d’Emily de plus près
Pour moi, cela rejoint étroitement mes recherches plus larges sur les relations, l’identité et le bien-être. Que je réfléchisse aux relations intimes, aux communautés sur les campus ou aux espaces universitaires, je m’intéresse à la façon dont les environnements influencent les possibilités, pour les personnes autistes, de se sentir respectées, soutenues et en mesure de s’épanouir.
Ce type de recherche invite les institutions à aller au-delà de la simple question de la présence des personnes autistes. Il pousse plutôt à se demander si elles sont véritablement incluses.
Que diriez-vous aux chercheur·euse·s en début de carrière qui cherchent encore à trouver leur confiance ou leur sentiment d’appartenance dans le milieu universitaire ?
Coombs : J’encouragerais les chercheur·euse·s en début de carrière à saisir les occasions de connexion et de collaboration qu’offre CanFRN. Il est facile de se sentir isolé·e dans le milieu universitaire, mais CanFRN crée un espace où les perspectives interdisciplinaires et les valeurs communes peuvent se rencontrer.
« CanFRN nous réunit toutes et tous dans un même espace », affirme Emily Coombs, en soulignant la valeur de la collaboration interdisciplinaire lors de l’École d’été CanFRN. (Production: Noah Leon, Moosefuel Media).
Mon conseil serait de s’engager activement auprès de ses pairs et de ses mentor·e·s, de poser des questions même lorsqu’on se sent incertain·e, et de s’ouvrir à l’idée que l’on mérite d’être là.
Pour moi, m’appuyer sur ce sentiment de communauté a été transformateur, et je crois que cela peut l’être pour d’autres aussi.
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