Placer l’équité au cœur des soins neurodéveloppementaux bilingues, avec Myriam Beauchamp

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Les travaux de la professeure Myriam Beauchamp remettent en question certaines idées reçues sur le bilinguisme et les conditions neurodéveloppementales, tout en contribuant à des soins plus équitables, culturellement adaptés et sensibles aux réalités des enfants et des familles issues de communautés linguistiques minoritaires, grâce à une recherche et à une pratique clinique éclairées par les communautés.

Myriam L. H. Beauchamp, Ph. D., est professeure adjointe à l’École des sciences de la réadaptation de l’Université d’Ottawa, où elle dirige un programme de recherche axé sur le développement langagier bilingue et l’accès équitable aux services pour les personnes présentant des conditions neurodéveloppementales. Formée comme orthophoniste, elle établit des ponts entre la pratique clinique et la recherche afin de mieux soutenir les enfants et les familles issus de milieux linguistiques minoritaires.

Ancienne boursière du Programme de formation en recherche sur l’autisme au Québec — le programme qui a précédé la Plateforme canadienne de formation en recherche neurodéveloppementale (CanFRN) — la professeure Beauchamp contribue aujourd’hui à la CanFRN à titre de membre du corps professoral. Elle voit dans ce rôle une occasion de mentorer la relève et de redonner à une communauté qui a contribué à façonner son propre parcours. Par ses travaux de recherche et ses partenariats communautaires, elle fait progresser des approches de soins plus inclusives, tout en outillant les familles et les clinicien·ne·s grâce à des recommandations fondées sur les données probantes.

Pourquoi l’équité occupe-t-elle une place aussi centrale dans vos recherches et vos partenariats communautaires?

Beauchamp : L’équité est la principale motivation derrière mon travail. Je crois aussi profondément à l’importance de travailler en étroite collaboration avec les communautés que nous servons, puisque leur expertise et leur expérience vécue sont au cœur des recherches menées dans mon laboratoire.

Les familles ont véritablement orienté mon travail. Leurs questions et leurs expériences ont façonné à la fois les recherches que je mène et les valeurs qui me guident comme chercheuse. J’ai énormément appris des familles avec lesquelles j’ai collaboré, et je leur suis très reconnaissante de m’avoir confié leurs expériences.

Myriam réfléchit à l’importance de soutenir l’accès aux langues minoritaires pour les enfants ayant des conditions neurodéveloppementales, et à la façon dont les familles continuent d’inspirer et de guider son travail, lors de l’École d’été annuelle 2025 du CanFRN (Production : Desmond Dyson).

Quelles lacunes ou idées reçues vos recherches contribuent-elles à corriger, et comment vos travaux permettent-ils d’améliorer les soutiens et les services offerts aux enfants et aux familles bilingues?

Beauchamp : Mes travaux portent sur le développement langagier bilingue dans le contexte des conditions neurodéveloppementales. Historiquement, de nombreux parents parlant une langue minoritaire se sont fait conseiller de ne pas utiliser cette langue avec leur enfant, parce qu’on croyait que cela pouvait nuire à son développement. Les recherches menées dans mon laboratoire, ainsi que celles d’autres équipes, ont montré que ces recommandations ne reposent pas sur des données probantes.

Nous travaillons maintenant à mieux comprendre les similarités et les différences entre le développement des enfants bilingues et celui des enfants monolingues, ainsi que les facteurs qui influencent les trajectoires langagières. Ces connaissances peuvent aider les clinicien·ne·s à mieux évaluer et soutenir les enfants bilingues et leurs familles.

Mes recherches examinent également les obstacles à l’accès équitable aux services pour les familles issues de milieux linguistiques minoritaires. Nous savons que les résultats en matière de santé sont souvent moins favorables pour les personnes parlant une langue minoritaire, notamment en raison de barrières dans l’accès aux soins. Lorsque des conditions neurodéveloppementales s’ajoutent à cette réalité, les familles peuvent vivre plusieurs niveaux de vulnérabilité. Je crois que nous devons mieux adapter nos façons de faire — comme clinicien·ne·s, chercheur·euse·s et systèmes — et réfléchir plus sérieusement à l’équité, plutôt que de simplement traiter tout le monde de la même manière.

Qu’a représenté votre expérience avec la CanFRN, d’abord comme boursière, puis maintenant comme membre du corps professoral?

Beauchamp : J’ai rejoint le corps professoral de l’École d’été de la CanFRN en 2025, et j’ai beaucoup aimé enseigner et échanger avec la prochaine génération de chercheur·euse·s. J’apprécie particulièrement le fait que la CanFRN offre aux stagiaires des occasions d’apprendre en dehors de leur propre champ d’expertise et d’entrer en contact avec des personnes issues de différentes disciplines.

J’ai toujours cru à l’importance de « redonner au suivant ». Comme chercheur·euse·s et clinicien·ne·s, nous avons toutes et tous la responsabilité de soutenir la relève.

Quels conseils donneriez-vous aux stagiaires qui souhaitent travailler au croisement des disciplines et bâtir de solides collaborations?

Beauchamp : J’encouragerais les boursier·ère·s à saisir les occasions d’apprendre en dehors de leur propre domaine et à tisser des liens avec des personnes issues d’autres disciplines.

Une chose que j’ai apprise, c’est l’importance de bien connaître à la fois ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas. Reconnaître les limites de sa propre expertise, et chercher à collaborer avec des personnes qui possèdent des connaissances complémentaires, nous rend meilleur·e comme clinicien·ne, chercheur·euse et collègue.

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